2-6 ans

Repère parental

Mon enfant dit “c’est pas juste” pendant les jeux : que faire ?

Dire « c’est pas juste » pendant un jeu peut traduire une règle mal comprise ou une frustration de perdre. L’adulte peut aider en vérifiant la règle, en accueillant l’émotion et en gardant un cadre commun.

Développement de l’enfant · Sans diagnostic · Conseils concrets pour le quotidien

Par La Bande à Shadi

Votre enfant lance « c’est pas juste ! » pendant une partie de jeu ? La scène est fréquente : un pion avance trop vite, une carte paraît désavantageuse, un autre joueur gagne, et le jeu bascule en protestation.

Ce moment peut être fatigant pour les parents, surtout quand la partie devait être un temps agréable. Pourtant, cette phrase peut aussi devenir une occasion d’apprentissage : comprendre une règle commune, supporter une petite déception, attendre son tour, recommencer.

L’objectif n’est pas de faire taire l’enfant ni de le convaincre qu’il doit aimer perdre. Il s’agit plutôt de l’aider à distinguer deux choses : la règle est-elle vraiment floue ou inégale ? ou est-ce surtout la frustration qui parle ?

À retenir

  • Dire « c’est pas juste » pendant un jeu est fréquent chez les jeunes enfants.
  • La protestation peut venir d’une règle mal comprise, ou de la difficulté à perdre.
  • Vérifier la règle ensemble aide à éviter le bras de fer.
  • Garder le même cadre pour tous rassure l’enfant, même s’il proteste.
  • On peut accueillir la déception sans changer toutes les règles.

Pourquoi cette phrase revient-elle pendant les jeux ?

Dans un jeu avec règles, l’enfant doit faire plusieurs choses en même temps : comprendre la consigne, attendre son tour, accepter que les autres jouent aussi, supporter de ne pas toujours gagner. C’est beaucoup.

Quand il dit « c’est pas juste », il peut vouloir dire plusieurs choses :

  • « Je n’ai pas compris la règle. » Par exemple, il pensait pouvoir rejouer ou avancer autrement.
  • « Je suis déçu de perdre. » Le mot « injuste » sert alors à exprimer une frustration.
  • « Je voudrais que la règle change maintenant. » Surtout si la partie tourne à son désavantage.
  • « Je compare avec l’autre joueur. » Il regarde ce que l’autre reçoit, gagne ou obtient.

Le parent peut donc commencer par une question simple : « Tu trouves que ce n’est pas juste parce que tu n’as pas compris la règle, ou parce que tu es déçu ? » Même si l’enfant ne répond pas clairement, cette formulation l’aide à mettre un peu d’ordre dans ce qu’il ressent.

Ce que cela dit du développement de l’enfant

Durant la petite enfance, le sentiment de justice est encore très lié à ce que l’enfant vit directement : ce qu’il reçoit, ce qu’il perd, ce qu’il attend, ce que l’autre obtient. Une règle peut sembler injuste simplement parce qu’elle produit un résultat désagréable.

Apprendre à jouer avec une règle commune demande aussi des compétences qui se construisent progressivement : freiner une envie immédiate, garder une consigne en tête, attendre, accepter qu’un autre joueur gagne, reprendre après une déception.

Les repères professionnels indiquent que les jeux de groupe, les tours de rôle et les règles simples soutenues par l’adulte sont des situations utiles pour exercer ces compétences. Mais elles restent sensibles à la fatigue, à l’excitation, à la clarté de la règle et à l’ambiance du moment.

Autrement dit, un enfant peut très bien réussir à attendre son tour un jour, puis protester fortement le lendemain. Cela ne veut pas dire qu’il régresse ou qu’il « fait exprès ». Cela signifie souvent qu’il a encore besoin d’un cadre court, prévisible et répété.

Que faire quand votre enfant dit « c’est pas juste » ?

Le plus aidant est souvent de ralentir la scène. Pas besoin d’un long discours : quelques phrases simples suffisent.

1. Accueillir sans valider tout de suite

Commencez par reconnaître ce que l’enfant ressent, sans conclure immédiatement que la règle doit changer.

« Tu es déçu. Tu aurais aimé gagner cette manche. »

« Tu trouves que ce tour n’est pas juste. On va vérifier. »

2. Revenir à la règle

Si la règle est écrite ou connue, reprenez-la calmement. Si elle a été inventée en famille, reformulez-la en une phrase courte.

« La règle, c’est : chacun lance le dé une fois, puis on passe au joueur suivant. »

« On vérifie ensemble. Si la règle est la même pour tous, on continue. »

3. Distinguer la règle de l’émotion

Cette distinction aide l’enfant à comprendre qu’une émotion est légitime, mais qu’elle ne décide pas toujours du cadre.

« Tu as le droit d’être fâché. Et la règle reste la même jusqu’à la fin de la partie. »

« Perdre, c’est désagréable. On peut respirer, puis continuer. »

4. Proposer une reprise calme

Si l’enfant est trop contrarié, une courte pause vaut mieux qu’une bataille autour du plateau.

« On fait une pause d’une minute, puis tu choisis : tu reprends ou tu regardes la fin. »

« On termine cette partie avec cette règle. Après, on pourra inventer une variante. »

Phrases utiles à essayer

  • « On garde la règle jusqu’à la fin de cette partie. »
  • « Après, on pourra essayer une autre règle pour une nouvelle partie. »
  • « Là, ce n’est pas injuste : c’est difficile parce que tu es en train de perdre. »
  • « Tu peux être déçu et rester dans le jeu. »
  • « On vérifie, puis on décide ensemble si on continue. »

Les erreurs à éviter sans se culpabiliser

Personne ne réagit parfaitement à chaque partie. Quand le jeu s’envenime, l’important est surtout de retrouver un cadre simple.

  • Se moquer de sa réaction. Même si la protestation paraît excessive, elle correspond souvent à une vraie déception pour l’enfant.
  • Répondre seulement « c’est comme ça ». La règle peut tenir, mais elle gagne à être brièvement expliquée ou vérifiée.
  • Le laisser gagner à chaque fois. Cela évite parfois une crise sur le moment, mais l’enfant a aussi besoin d’expériences accompagnées où il ne gagne pas.
  • Changer la règle à chaque protestation. Cela rend le jeu moins prévisible et peut augmenter les discussions.
  • Transformer la partie en leçon morale. Un rappel court fonctionne souvent mieux qu’un long discours.

Quand s’inquiéter ?

Il peut être utile d’en parler avec un professionnel si les jeux déclenchent presque toujours une détresse très intense, si l’enfant ne parvient jamais à reprendre même avec un adulte calme, ou si les conflits autour des règles envahissent fortement la vie quotidienne. L’idée n’est pas de poser un diagnostic, mais de chercher des repères adaptés à votre enfant et à votre contexte.

À écouter aussi avec votre enfant

  • C’est pas juste — Pour aider l’enfant à exprimer un sentiment d’injustice sans violence.
  • J’attends mon tour — Pour rendre l’attente plus concrète et soutenir l’apprentissage du tour de rôle.

Sources et repères professionnels

  • Center on the Developing Child at Harvard University — Enhancing and Practicing Executive Function Skills : repères sur l’inhibition, l’attention et les règles de jeu chez les jeunes enfants.
  • Head Start — Approaches to Learning Preschool : repères sur l’autorégulation, le contrôle des impulsions et l’attente du tour avec soutien adulte.
  • CDC — Milestones by 4 Years : repères développementaux publics sur le jeu avec les autres, le partage et le tour de rôle.
  • American Academy of Pediatrics / HealthyChildren — Social Development in Preschoolers : ressource parentale sur le développement social, les petits groupes et l’apprentissage des règles partagées.