3-6 ans

Repère parental

« Prendu », « mouru », « des chevals » : ces erreurs de langage sont-elles normales ?

Certaines erreurs grammaticales apparaissent lorsque l’enfant commence à appliquer les règles de la langue. Une reformulation naturelle lui fournit le bon modèle sans interrompre la conversation.

Développement de l’enfant · Sans diagnostic · Conseils concrets pour le quotidien

Par La Bande à Shadi

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Votre enfant disait peut-être correctement « pris », puis le voilà qui annonce qu’il a « prendu » son manteau. Il parle de « chevals » ou raconte qu’un personnage est « mouru ». Ces formulations peuvent surprendre, surtout lorsqu’elles apparaissent après une période où le mot semblait acquis.

Il ne s’agit pas nécessairement d’un recul. Certaines erreurs nouvelles peuvent au contraire montrer que l’enfant ne se contente plus de répéter les mots entendus : il commence à repérer des règles grammaticales et tente de les appliquer.

À retenir

  • Des formes comme « prendu » ou « chevals » peuvent accompagner l’apprentissage de la grammaire.
  • L’enfant applique une règle régulière à un mot qui constitue une exception.
  • Cette erreur nouvelle n’est donc pas forcément une régression.
  • Le plus utile est de reformuler correctement dans une réponse naturelle.
  • La compréhension, les phrases et l’évolution globale du langage restent importantes à observer.

Pourquoi l’enfant dit-il « prendu », « mouru » ou « des chevals » ?

Pour apprendre à parler, l’enfant écoute les mots employés autour de lui, les mémorise et les réutilise. Progressivement, il repère aussi des régularités. Il comprend par exemple que beaucoup de participes passés se terminent de la même manière ou que le pluriel se construit souvent en ajoutant un son ou une terminaison.

Il peut alors fabriquer une forme qui lui paraît logique : « prendre » devient « prendu », comme d’autres verbes construits avec une terminaison régulière. De la même façon, il peut appliquer au mot « cheval » une règle de pluriel utilisée pour de nombreux noms et dire « des chevals ».

Ce mécanisme est appelé surgénéralisation grammaticale. L’enfant a extrait une règle de ce qu’il entend, mais il ne maîtrise pas encore toutes les exceptions. Son erreur possède donc une logique interne, même si la forme n’est pas celle utilisée par les adultes.

Il arrive également qu’un enfant ait d’abord répété la forme correcte, puis commence à employer une forme inventée. Cela peut sembler paradoxal. Pourtant, la répétition d’un mot mémorisé et l’application autonome d’une règle ne correspondent pas exactement au même travail. L’apparition de l’erreur peut ainsi refléter une nouvelle manière d’organiser la langue.

Ce que ces erreurs indiquent sur le développement du langage

Le langage ne progresse pas toujours de façon régulière, mot après mot. L’enfant expérimente, formule des hypothèses et ajuste progressivement sa manière de parler à partir de ce qu’il entend. À certains moments, une compétence nouvelle peut donc entraîner des erreurs qui n’étaient pas présentes auparavant.

Chez les enfants de 3 à 6 ans, les phrases s’allongent souvent, le vocabulaire se développe et les récits prennent davantage de place. Dans ce contexte, les erreurs grammaticales ne doivent pas être considérées isolément. Il est plus pertinent de regarder l’ensemble de la communication :

  • L’enfant comprend-il les échanges habituels ?
  • Ses phrases évoluent-elles au fil du temps ?
  • Parvient-il à raconter, demander, commenter ou expliquer ce qu’il veut ?
  • Les personnes qui le connaissent comprennent-elles généralement son message ?
  • Continue-t-il à acquérir de nouveaux mots et de nouvelles formulations ?

Un mot irrégulier peut demander du temps avant d’être stabilisé. L’enfant a besoin d’entendre plusieurs fois la forme employée dans des situations variées. Cela ne signifie pas qu’il faut organiser des exercices à chaque erreur : les conversations quotidiennes lui fournissent déjà de nombreuses occasions d’observer la langue.

Comment répondre concrètement ?

La stratégie la plus simple consiste à reprendre la forme correcte dans votre réponse, sans interrompre l’échange. Vous montrez ainsi que vous avez compris le message tout en proposant un modèle grammatical.

Si l’enfant dit : « J’ai prendu le grand verre », vous pouvez répondre : « Oui, tu as pris le grand verre. » S’il parle de « plusieurs chevals », une réponse possible est : « Oui, il y a plusieurs chevaux dans le pré. »

Cette reformulation naturelle permet à l’enfant d’entendre le mot attendu sans transformer la conversation en contrôle de connaissances. Il n’est pas nécessaire de lui demander de répéter. Il pourra réutiliser la forme correcte plus tard, après l’avoir entendue dans différents échanges.

Vous pouvez aussi poursuivre la discussion afin de valoriser ce qu’il cherche à raconter. Le contenu de son message compte autant que sa forme. Une réponse comme « Oui, le personnage est mort. Qu’est-ce qui s’est passé ensuite ? » corrige discrètement le mot tout en maintenant son envie de parler.

Des phrases utiles au quotidien

  • « Oui, tu as pris ton sac tout seul. »
  • « Tu as vu plusieurs chevaux ? Où étaient-ils ? »
  • « Le personnage est mort dans l’histoire. Que font les autres ensuite ? »
  • « Je comprends, tu veux dire qu’il a fait cela hier. »
  • « Raconte-moi la suite. »

Si l’enfant remarque la reformulation ou pose une question, vous pouvez lui donner une explication brève : « On dit “des chevaux”. C’est un mot qui ne suit pas la règle habituelle. » Il n’est pas indispensable d’entrer dans une longue leçon de grammaire.

Les réactions à éviter

Il est compréhensible de vouloir corriger rapidement une erreur qui revient souvent. Toutefois, certaines réactions risquent de détourner l’attention de l’échange ou de rendre l’enfant plus hésitant lorsqu’il parle.

  • Se moquer ou imiter l’erreur : même sur le ton de l’humour, cela peut gêner l’enfant.
  • Exiger une répétition correcte à chaque phrase : la conversation peut alors ressembler à un exercice permanent.
  • Multiplier les questions de vérification : « Comment on dit déjà ? » n’est pas nécessaire chaque fois.
  • Présenter l’erreur comme un manque d’effort : l’enfant applique souvent une règle qu’il est justement en train d’apprendre.
  • Comparer avec un autre enfant : les parcours langagiers et les occasions de parler peuvent varier.

Une correction occasionnelle n’abîme pas l’apprentissage. L’objectif n’est pas d’atteindre une réponse parfaite, mais de préserver des échanges vivants et de fournir régulièrement un modèle correct.

Quand s’inquiéter ?

Une forme comme « prendu » ou « des chevals », prise isolément, ne suffit pas à signaler une difficulté. Il peut être utile d’en parler avec un professionnel si vous observez aussi une compréhension souvent difficile, très peu d’évolution dans les phrases, une communication qui devient nettement plus compliquée ou une perte durable de capacités auparavant utilisées. Un médecin, un professionnel de la petite enfance ou un spécialiste du langage pourra écouter vos observations et proposer, si nécessaire, un avis adapté, sans conclure à partir d’un seul mot.

Sources et repères professionnels

  • Department for Education (Angleterre) — Development Matters — Communication and language / Literacy: repères institutionnels sur le développement de la compréhension, des phrases, du vocabulaire et des récits.
  • ASHA — Practice Portal: ressource professionnelle spécialisée consacrée au langage, à la parole et à la communication.