Votre enfant joue au sol avec les genoux devant lui et les pieds placés de chaque côté des hanches ? Cette assise, appelée position en W, suscite parfois des mises en garde. Pourtant, sa présence occasionnelle ne signifie pas automatiquement qu’un enfant a une faiblesse, une déformation ou un problème de développement.
Plutôt que de surveiller chaque mouvement, il est plus utile d’observer l’ensemble : l’enfant change-t-il de position, bouge-t-il avec aisance, utilise-t-il les deux côtés de son corps et semble-t-il confortable ?
À retenir
- La position en W offre une base stable pour jouer au sol.
- Cette posture isolée ne prouve ni faiblesse ni déformation.
- La fréquence compte moins que la capacité à varier les assises.
- Il n’est pas nécessaire de replacer les jambes à chaque fois.
- Une douleur, une forte asymétrie ou une gêne motrice justifie un avis professionnel.
Pourquoi certains enfants s’assoient-ils en W ?
Dans cette position, les genoux sont orientés vers l’avant tandis que les pieds reposent de part et d’autre des hanches. Le corps dispose ainsi d’une base d’appui large et stable. L’enfant peut rester assis pour construire, dessiner ou manipuler des jouets sans consacrer toute son attention au maintien de son équilibre.
Cette stabilité peut expliquer pourquoi certains jeunes enfants adoptent volontiers cette posture pendant leurs jeux. Ils peuvent y rester un moment, puis passer spontanément à une assise jambes croisées, jambes tendues, sur le côté ou à genoux.
Les messages adressés aux familles sont parfois contradictoires. La revue systématique fournie pour cet article ne trouve pas de preuve justifiant d’interdire systématiquement la position en W ni d’association établie avec une dysplasie de hanche. Elle souligne cependant les limites méthodologiques des données disponibles. Cela invite à éviter deux conclusions opposées : annoncer un danger certain, ou considérer que toute gêne associée serait sans importance.
Ce que cette posture dit du développement de l’enfant
Une position observée à un instant précis donne peu d’informations lorsqu’elle est considérée seule. Pour apprécier l’aisance motrice, les repères professionnels invitent à regarder comment l’enfant utilise son corps dans différentes situations : jeu au sol, marche, course, escaliers, changements de direction ou passage de la position assise à la position debout.
Le point central est la variété posturale. Un enfant à l’aise peut choisir la position en W, puis en changer sans douleur, sans aide et sans effort apparent. Il explore plusieurs façons de s’installer selon le jeu, le support ou la place disponible.
La symétrie apporte également un repère utile. Il ne s’agit pas d’exiger une posture parfaitement identique des deux côtés, mais de remarquer si l’enfant peut tourner son buste des deux côtés, prendre un objet à droite comme à gauche et changer d’appui sans gêne marquée.
Enfin, l’observation porte sur le fonctionnement global plutôt que sur la forme des jambes seulement. La posture devient plus pertinente à discuter lorsqu’elle est presque la seule assise possible, qu’elle s’accompagne de douleur ou qu’elle apparaît avec une marche inhabituelle et des difficultés dans les activités courantes.
Comment favoriser naturellement d’autres positions ?
Il n’est généralement pas utile d’interrompre systématiquement le jeu. Vous pouvez enrichir les possibilités de mouvement sans faire de la posture un sujet de tension.
- Varier les installations : proposer un petit siège, un coussin ferme, une table basse ou un jeu placé sur un support légèrement surélevé.
- Changer l’emplacement des objets : disposer quelques pièces de jeu sur les côtés afin d’encourager les rotations du buste et les changements d’appui.
- Inviter à bouger : alterner jeux assis, parcours simples, marche, danse, ballon ou déplacements à quatre pattes.
- Montrer une autre assise : s’installer soi-même jambes croisées, jambes allongées ou sur le côté, sans exiger que l’enfant imite immédiatement.
- Observer sur plusieurs moments : regarder si l’enfant varie spontanément selon les activités plutôt que de compter chaque passage en W.
Si vous souhaitez proposer un changement, une invitation brève suffit. L’objectif n’est pas d’obtenir une posture parfaite, mais d’offrir plusieurs possibilités confortables.
Des phrases utiles à proposer
- « Tu peux essayer de mettre tes jambes devant toi pour ce jeu. »
- « Veux-tu t’asseoir sur le coussin ou par terre ? »
- « On change de position avant de continuer ? »
- « Est-ce que tes jambes sont confortables comme ça ? »
- « Montre-moi une autre façon de t’installer. »
Si l’enfant refuse et ne présente ni douleur ni difficulté particulière, il n’est pas nécessaire d’entrer dans un rapport de force. Vous pourrez proposer une autre activité ou une autre installation plus tard.
Les erreurs à éviter
- Corriger à chaque fois : des rappels constants risquent de détourner l’enfant de son jeu sans apporter d’information utile sur sa motricité.
- Tirer ses jambes pour les replacer : mieux vaut l’inviter à bouger lui-même et respecter un éventuel inconfort.
- Annoncer une déformation certaine : la position en W, prise isolément, ne permet pas cette conclusion.
- Comparer avec d’autres enfants : les préférences posturales et les façons de bouger peuvent varier.
- Se concentrer uniquement sur la fréquence : la douleur, la symétrie, la variété des positions et l’aisance globale sont plus informatives.
Quand s’inquiéter ?
Un avis auprès d’un médecin, d’un kinésithérapeute ou d’un autre professionnel connaissant le développement moteur peut être utile si la position en W est presque exclusive, si l’enfant ne parvient pas à en changer seul, s’il ressent une douleur, si son assise est très asymétrique ou si sa marche paraît inhabituelle. Une consultation est également pertinente en cas de chutes fréquentes associées à une gêne visible ou si certaines activités habituelles deviennent difficiles. Ces signes ne permettent pas de poser un diagnostic à distance : ils indiquent simplement qu’une observation individualisée peut aider à comprendre la situation.
Sources et repères professionnels
- University Hospitals of Leicester NHS Trust — Intoeing and W-sitting, fiche d’orthopédie pédiatrique nuançant les alertes courantes sur cette posture.
- Nordon et al. / Acta Ortopédica Brasileira — W-Sitting In Childhood: A Systematic Review, revue de la littérature sur les effets attribués à la position en W et les limites des données disponibles.
- Head Start / U.S. Administration for Children and Families — Perceptual, Motor, and Physical Development, repères professionnels sur la motricité globale, la coordination et la conscience du corps dans l’espace.
