2-6 ans

Repère parental

Puis-je filmer une crise de mon enfant pour la montrer à un professionnel ?

Des notes factuelles suffisent souvent pour expliquer une crise à un professionnel. Une courte vidéo peut parfois les compléter si elle est utile, sûre et protégée.

Développement de l’enfant · Sans diagnostic · Conseils concrets pour le quotidien

Par La Bande à Shadi

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Une réaction difficile peut s’arrêter bien avant le rendez-vous. Il est alors tentant de sortir son téléphone pour montrer exactement ce qui se passe. Cette intention est compréhensible : le parent cherche souvent à transmettre une situation difficile à décrire.

Pourtant, filmer un enfant pendant un moment de grande vulnérabilité demande de penser à sa sécurité, à sa dignité et à la protection de ses données. Dans beaucoup de situations, des notes factuelles constituent déjà un excellent point de départ.

À retenir

  • Commencez par noter les faits plutôt que par filmer.
  • Demandez au professionnel si une vidéo lui serait réellement utile.
  • La sécurité et l’accompagnement de l’enfant restent prioritaires.
  • Une vidéo ne doit jamais servir à menacer, punir ou humilier.
  • Si un enregistrement est réalisé, limitez ce qui apparaît à l’image et protégez le fichier.

Une vidéo est-elle vraiment nécessaire ?

Pas forcément. Les repères professionnels encouragent d’abord une description précise de ce qui a été observé. Un récit factuel peut aider le professionnel à comprendre la situation sans exposer l’enfant à un enregistrement.

Avant le rendez-vous, vous pouvez noter :

  • le lieu et le contexte ;
  • ce qui s’est passé juste avant ;
  • les gestes, paroles ou réactions visibles ;
  • la durée approximative de l’épisode ;
  • ce qui a semblé aider ou aggraver la situation ;
  • les éventuelles différences selon les moments ou les lieux.

Il est préférable de distinguer ce que vous avez vu de votre interprétation. Par exemple, « Il a crié, repoussé sa chaise et s’est couché au sol après l’arrêt du jeu » apporte davantage d’informations que « Il a fait une crise pour obtenir ce qu’il voulait ».

Ces observations ne posent aucun diagnostic. Elles donnent au professionnel des éléments concrets à mettre en regard de ce qu’il connaît de l’enfant, de son développement et des différents contextes de sa vie.

Ce que la crise dit du développement de l’enfant

Une réaction intense, à elle seule, ne permet pas de conclure que l’enfant est volontairement difficile ni d’expliquer ce qui se passe.

Le comportement visible ne raconte pas tout. Les circonstances qui précèdent ou accompagnent l’épisode peuvent faire partie du contexte sans suffire, à elles seules, à l’expliquer. L’objectif des notes est justement de repérer ces circonstances sans tirer trop vite de conclusion.

La manière dont un enfant réagit peut aussi varier entre la maison, l’école, le lieu d’accueil ou le cabinet d’un professionnel. Comparer ces observations aide à mieux comprendre ce qui est constant et ce qui dépend de la situation.

Comment procéder concrètement ?

Commencer par préparer des notes

Écrivez ce dont vous vous souvenez après l’épisode, lorsque l’enfant est accompagné et que la situation est redevenue sûre. Des mots simples suffisent. Il n’est pas nécessaire de produire un compte rendu parfait.

Vous pouvez également noter les questions que vous souhaitez poser : ce comportement correspond-il à ce que le professionnel observe habituellement ? Quels éléments seraient utiles lors d’un prochain épisode ? Une consultation ou une observation complémentaire est-elle pertinente ?

Demander d’abord l’avis du professionnel

Expliquez que la réaction disparaît avant le rendez-vous et demandez si une courte vidéo apporterait réellement une information supplémentaire. Selon sa pratique et la question posée, le professionnel peut préférer vos notes ou vous préciser ce qu’il serait utile d’observer.

Son accord pour regarder une vidéo ne signifie pas qu’il faut provoquer ou prolonger une nouvelle crise. L’enregistrement reste un complément éventuel, jamais une condition pour être entendu.

Si une vidéo est jugée utile

Ne filmez que si l’enfant est en sécurité et si votre téléphone ne vous empêche pas de rester disponible. Cadrez au minimum : évitez de montrer d’autres personnes, des documents, l’intérieur du logement ou des éléments sans rapport avec la question.

Lorsque la situation le permet, expliquez simplement ce que vous faites. Ne commentez pas la scène de manière dévalorisante et n’utilisez pas la caméra comme une menace. La vidéo ne doit pas devenir un spectacle ni être montrée à des proches pour obtenir leur avis.

Demandez au professionnel quel canal de transmission convient et ce qui est prévu pour la consultation ou la conservation du fichier. Protégez l’accès au téléphone, puis supprimez l’enregistrement selon ce qui a été convenu.

Phrases utiles

  • « J’ai noté ce qui se passe avant, pendant et après. Est-ce suffisant pour commencer ? »
  • « Pensez-vous qu’une courte vidéo apporterait une information utile ? »
  • « Que devrais-je observer si cela se reproduit ? »
  • « Comment puis-je vous transmettre ce fichier sans l’envoyer dans un espace inadapté ? »
  • « Je pose le téléphone, je reste avec toi. »

Les erreurs à éviter

  • Filmer au lieu d’intervenir : si l’enfant risque de se blesser ou a besoin de vous, le téléphone reste de côté.
  • Provoquer une réaction : recréer la situation pour obtenir une image peut augmenter la détresse et fausser l’observation.
  • Filmer en secret pour punir : annoncer que la vidéo sera montrée pour faire honte fragilise la confiance.
  • Enregistrer plus que nécessaire : une captation longue ou très large expose davantage la vie privée de l’enfant et des personnes présentes.
  • Publier ou partager largement : un groupe de messagerie ou un réseau social n’est pas un espace adapté pour demander un avis sur un moment vulnérable.

Si vous avez déjà filmé, il n’est pas nécessaire de vous blâmer. Vous pouvez faire le point maintenant : limiter les destinataires, vérifier où se trouve le fichier, demander au professionnel s’il souhaite réellement le voir et le supprimer lorsqu’il n’a plus d’utilité convenue.

Quand s’inquiéter ?

Parlez à un professionnel si les réactions de votre enfant vous préoccupent ou ont des conséquences importantes dans sa vie quotidienne. Des notes factuelles peuvent préparer cet échange. Filmer ne doit jamais retarder une consultation. Si l’enfant peine à respirer, perd connaissance ou ne réagit plus normalement, intervenez et appelez le 15 ou le 112 plutôt que de chercher votre téléphone.

Sources et repères professionnels

  • Assurance Maladie — Perte de connaissance : L’absence de respiration ou de récupération normale de la conscience impose d’appeler le 15 ou le 112.
  • CNIL — Partage de photos et vidéos de votre enfant sur les réseaux sociaux : Risques pour la vie privée, limitation des destinataires et précautions de partage.
  • Head Start / U.S. Administration for Children and Families — Observe and describe the child’s behavior to open communication with the family : Descriptions factuelles, différences entre contextes et échanges famille-professionnels.
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