Votre enfant raconte qu’il a vu un animal géant dans sa chambre ou qu’un événement incroyable s’est produit à l’école. Il maintient ensuite que tout est vrai, parfois avec beaucoup de détails. Cela peut dérouter, mais ce récit ne suffit pas à conclure qu’il cherche volontairement à tromper.
Chez les jeunes enfants, une histoire peut mêler imagination, souvenir, souhait et éléments réellement vécus. L’objectif n’est pas de tout accepter comme vrai, mais de clarifier calmement ce que l’enfant veut exprimer.
À retenir
- Une histoire inventée n’est pas automatiquement un mensonge intentionnel.
- Le récit peut mélanger un fait réel, un souvenir transformé, un souhait et de la fiction.
- Des questions ouvertes aident davantage que des questions qui suggèrent une réponse.
- On peut distinguer le réel de l’imaginaire sans traiter l’enfant de menteur.
- Tout récit évoquant un danger doit être écouté et vérifié avec sérieux.
Inventer une histoire signifie-t-il mentir ?
Mentir suppose généralement une intention de faire croire quelque chose que l’on sait faux. Or, cette intention n’est pas toujours présente lorsqu’un jeune enfant raconte une histoire extraordinaire.
Il peut être absorbé par son récit, vouloir prolonger un jeu, exprimer ce qu’il aurait aimé vivre ou compléter les parties manquantes d’un souvenir. Il peut aussi chercher à éviter une conséquence. Ces possibilités existent, mais elles ne peuvent pas être déduites du seul fait qu’il insiste.
Une réponse utile consiste à séparer l’enfant de son récit. On peut dire qu’une information ne correspond pas à ce que l’on connaît, sans affirmer que l’enfant est menteur. Cette distinction permet de maintenir une limite claire tout en laissant une place à l’explication.
Par exemple : « Je n’ai pas vu ce que tu racontes et j’ai besoin de comprendre. Dis-moi ce dont tu es sûr. »
Imagination, souhait et mémoire peuvent se mélanger
Durant la période préscolaire, l’imagination occupe une place importante dans le jeu et les récits. Beaucoup d’enfants construisent des histoires détaillées à partir d’éléments observés, entendus ou inventés.
La mémoire n’est pas un enregistrement exact. Lorsqu’un enfant raconte un événement, il peut reconstruire certaines parties, ajouter un détail ou modifier son récit au fil des questions. Ce changement ne prouve pas, à lui seul, une volonté de tromper.
Le contexte donne souvent des indications utiles :
- Dans un jeu : l’histoire peut prolonger un univers imaginaire.
- Après un événement : le récit peut mêler ce qui s’est passé et ce que l’enfant a compris.
- Face à une envie : l’enfant peut raconter comme réel ce qu’il souhaiterait vivre.
- Lorsqu’une règle a été enfreinte : il peut tenter d’éviter une réaction désagréable, sans que cela définisse sa personnalité.
La capacité à mieux distinguer fiction, erreur et tromperie évolue progressivement. Elle varie selon l’enfant, la situation et la manière dont les adultes posent leurs questions.
Comment clarifier l’histoire sans mener un interrogatoire ?
Commencez par écouter le récit jusqu’au bout lorsque la situation le permet. Vous pourrez ensuite poser une ou deux questions neutres, avec des mots simples.
Les exemples qui suivent conviennent aux récits ordinaires sans enjeu de sécurité. Si l’enfant évoque une blessure, une menace, une violence, un geste subi ou une personne qui l’inquiète, laissez-le raconter librement, posez au besoin une seule relance ouverte et demandez rapidement conseil aux services compétents.
- Demandez à l’enfant de préciser ce qu’il pense avoir vécu, sans proposer vous-même une version.
- Laissez-lui la possibilité de dire qu’il ne sait pas ou ne se rappelle plus.
- Évitez d’enchaîner les questions identiques dans l’espoir d’obtenir une réponse particulière.
- Nommez la différence entre une histoire imaginée et un événement réel sans ridiculiser le récit.
- Si un fait concret doit être vérifié, cherchez aussi des informations auprès des adultes concernés.
Lorsque l’histoire relève clairement du jeu, vous pouvez reconnaître l’imagination tout en rétablissant le repère : « C’est une histoire très inventive. Maintenant, dis-moi ce qui s’est vraiment passé. »
Si l’enfant reconnaît avoir inventé pour éviter une conséquence, concentrez-vous sur le fait et la réparation possible : « Merci de me l’avoir dit. Nous allons voir comment réparer ou recommencer. » Une réaction prévisible et proportionnée facilite généralement la parole.
Des phrases utiles pour répondre
- « Raconte-moi ce qui s’est passé. Tu peux me dire si tu ne sais plus certains détails. »
- « Qu’est-ce que tu as vu ou entendu toi-même ? »
- « Tu peux me dire que tu ne sais plus. »
- « Je vais t’écouter, puis nous vérifierons ce que nous pouvons. »
- « Pour jouer, nous pouvons inventer. Pour comprendre ce qui s’est passé, j’ai besoin des faits dont tu te souviens. »
Les réactions à éviter
Il est compréhensible de se sentir agacé ou inquiet face à un récit qui semble impossible. Certaines réactions risquent cependant de fermer la discussion ou de modifier involontairement les réponses de l’enfant.
- Étiqueter l’enfant : dire « tu es un menteur » confond un récit ponctuel avec son identité.
- Poser des questions orientées : « C’est bien cette personne qui a fait cela, n’est-ce pas ? » introduit une réponse dans la question.
- Multiplier les interrogatoires : l’enfant peut changer des détails parce qu’il croit que sa première réponse ne convenait pas.
- Valider comme réel ce qui est imaginaire : reconnaître la créativité ne demande pas de confirmer qu’un événement s’est produit.
- Se moquer du récit : cela peut empêcher l’enfant de revenir parler d’un fait important.
Vous n’avez pas besoin de déterminer immédiatement pourquoi l’enfant a raconté cette histoire. Il est possible de dire : « Je ne sais pas encore exactement ce qui s’est passé. Je vais vérifier. »
Quand s’inquiéter ?
Tout récit concernant un danger, une menace, une blessure ou le comportement préoccupant d’une personne doit être pris au sérieux, même si certains détails paraissent confus ou extraordinaires. Écoutez sans suggérer de réponse et sans lui faire répéter le récit à plusieurs personnes. Notez si possible ses mots exacts et cherchez rapidement l’aide d’un professionnel ou du service compétent. Si sa sécurité semble menacée, la priorité est de le mettre à l’abri et de solliciter les interlocuteurs adaptés. Pour des récits fréquents sans danger apparent mais qui perturbent fortement la vie quotidienne, un professionnel connaissant l’enfant peut aussi aider à comprendre le contexte, sans poser de diagnostic à distance.
À écouter aussi avec votre enfant
- On fait semblant — Pour prolonger l’imagination et le jeu symbolique lorsque l’enfant invente des histoires.
Sources et repères professionnels
- Raising Children Network / Gouvernement australien — Play ideas for preschooler imagination and creativity: repères sur l’imagination et la distinction progressive entre réel et fiction.
- Raising Children Network / Gouvernement australien — Why kids lie and what to do about it : repères pour différencier récit imaginaire, erreur et mensonge intentionnel.
- Child Welfare Information Gateway — Forensic Interviewing: A Primer for Child Welfare Professionals : repères sur les questions ouvertes, le rappel libre et les risques liés aux questions suggestives ou répétées.
