Au parc, dans un magasin ou dans les transports, votre enfant demande à voix haute : « C’est un garçon ou une fille ? » La situation peut être embarrassante, surtout lorsqu’une personne se trouve juste à côté.
Il n’est pas nécessaire de deviner, de faire taire brusquement l’enfant ni de commencer une longue explication. Une phrase courte suffit sur le moment. La conversation pourra reprendre plus tard, dans un cadre calme.
À retenir
- L’apparence ne permet pas toujours de savoir comment une personne se définit.
- Vous pouvez répondre : « Je ne sais pas. On peut dire cette personne. »
- La question traduit souvent une recherche de catégories, sans intention de blesser.
- Une réponse brève évite de transformer l’inconnu en sujet de discussion publique.
- Si un prénom ou des pronoms sont connus, utilisez-les simplement.
Que répondre lorsqu’un enfant demande « garçon ou fille » ?
La réponse la plus utile associe trois éléments : reconnaître la question, rappeler la limite de ce que l’on sait et proposer un mot respectueux.
Vous pouvez dire : « Je ne sais pas. Les vêtements ou les cheveux ne nous le disent pas toujours. Tu peux dire “cette personne”. On en reparlera tout à l’heure. »
Cette formule ne prétend pas connaître l’identité de l’inconnu. Elle ne reproche pas non plus à l’enfant d’avoir posé une question. Elle donne immédiatement un autre vocabulaire pour parler de la personne.
Si votre enfant s’adresse directement à quelqu’un, laissez cette personne employer les mots qui lui conviennent. Il n’est cependant pas nécessaire de demander à un inconnu de se définir ou de se justifier uniquement pour satisfaire la curiosité de l’enfant.
Lorsque vous connaissez le prénom ou les pronoms de la personne, utilisez-les naturellement. Si vous vous êtes trompé, une correction brève suffit généralement : « Pardon, je me suis trompé de mot. » Il n’est pas utile d’en faire une longue scène.
Pourquoi les enfants posent-ils cette question ?
Au fil du développement, beaucoup d’enfants organisent ce qu’ils observent en catégories. Ils cherchent des indices dans les coiffures, les voix, les vêtements, les couleurs ou les activités. Ils peuvent alors croire qu’une jupe, des cheveux courts ou une certaine voix donnent une réponse certaine.
Ces associations viennent notamment des exemples rencontrés dans leur environnement. Elles ne signifient pas nécessairement que l’enfant veut blesser ou exclure. Il essaie souvent de comprendre avec les catégories et le vocabulaire dont il dispose.
Les repères professionnels distinguent l’identité de genre, les rôles associés au genre et l’expression visible d’une personne. Une préférence vestimentaire, un jeu ou une couleur ne permet pas de prédire comment une personne se définit, aujourd’hui ou plus tard.
L’objectif n’est donc pas d’interdire toute question sur le genre. Il s’agit plutôt d’apprendre à l’enfant que certaines informations ne sont pas visibles et qu’on ne parle pas à la place des autres.
Comment reprendre la conversation après la situation ?
Une fois à l’écart, revenez sur l’épisode sans ton accusateur. Vous pouvez demander : « Qu’est-ce qui t’a fait penser à cette question ? » La réponse vous indiquera l’association faite par l’enfant : les cheveux, les habits, la voix ou autre chose.
Vous pouvez ensuite apporter un repère simple :
- les vêtements et les coiffures ne sont pas réservés à un genre ;
- une personne choisit les mots qui lui correspondent ;
- quand on ne sait pas, on peut dire « cette personne » ;
- certaines questions se discutent plus facilement à l’écart.
Les livres, les histoires et les scènes quotidiennes permettent aussi d’élargir progressivement les représentations. Vous pouvez faire remarquer que des personnes ayant des coiffures, des métiers, des jeux ou des styles variés ne se laissent pas résumer à leur apparence.
Il n’est pas nécessaire d’organiser un cours complet après chaque remarque. Un message court, répété dans différentes situations, peut aider l’enfant à nuancer ses catégories.
Des phrases utiles sur le moment
- « Je ne sais pas comment cette personne se définit. »
- « Ses vêtements ne permettent pas de le savoir. »
- « Pour l’instant, tu peux dire “cette personne”. »
- « C’est une question que nous pouvons reprendre après. »
- « Cette personne nous a indiqué son prénom, alors nous pouvons l’utiliser. »
Si la remarque semble avoir mis quelqu’un mal à l’aise, vous pouvez réparer brièvement : « Pardon pour cette question personnelle. » Puis poursuivez votre chemin et échangez ensuite avec l’enfant. Cette réparation protège la personne concernée sans présenter l’enfant comme mauvais ou honteux.
Les réactions à éviter
Face à la surprise, il arrive de répondre trop vite. Cela ne fait pas de vous un mauvais parent : une phrase peut toujours être reformulée ensuite.
- Deviner l’identité d’après l’apparence : cheveux, voix et vêtements ne donnent pas une certitude.
- Faire taire l’enfant avec honte : « Tais-toi, c’est impoli » n’explique pas comment formuler autrement sa question.
- Rire de la remarque : cela peut renforcer l’idée que l’apparence de la personne est un sujet amusant.
- Lancer un long débat devant l’inconnu : la personne n’a pas à devenir le support d’un cours public.
- Interdire toutes les questions : mieux vaut apprendre quand, comment et avec quels mots les poser.
Quand s’inquiéter ?
Une question isolée ne permet pas à elle seule de conclure à une difficulté. Observez le contexte et continuez à proposer des formulations respectueuses, sans poser de diagnostic à partir d’une seule situation.
Sources et repères professionnels
- American Academy of Pediatrics / HealthyChildren — Gender Identity Development in Children, repères distinguant identité, rôles et expression de genre.
- UNICEF Parentalité — Comment balayer les stéréotypes de genre dans le jeu, repères sur les couleurs, jeux et activités associés aux filles ou aux garçons.
