« Mais laquelle est ma vraie maman ? » ou « Qui est mon vrai papa ? » Cette question peut surprendre, peiner ou inquiéter. Elle ne signifie pourtant pas nécessairement que l’enfant rejette sa famille. Il peut simplement chercher à comprendre ce qu’il a entendu à l’école, vu dans un livre ou observé chez d’autres enfants.
Une réponse courte peut d’abord sécuriser sa place dans la famille : ses deux mères ou ses deux pères sont bien ses parents. Si sa question concerne sa naissance, son donneur, son adoption ou une autre partie de son histoire, ce sujet peut ensuite être expliqué séparément, avec des faits vrais et des mots adaptés.
À retenir
- Un enfant peut comparer les familles sans remettre en cause l’amour qu’il porte à la sienne.
- Dans une famille avec deux mères ou deux pères, chacun peut être un parent à part entière.
- La place des parents et l’histoire de conception ou d’arrivée dans la famille sont deux questions distinctes.
- Une réponse simple et vraie suffit souvent dans un premier temps.
- Il est utile de chercher ce que l’enfant veut réellement savoir avant de donner beaucoup d’explications.
Que veut dire « vrai parent » pour l’enfant ?
Les jeunes enfants reprennent souvent les expressions entendues autour d’eux. Le mot « vrai » peut désigner, selon le contexte, le parent qui a porté l’enfant, celui qui a participé à sa conception, celui qui vit avec lui ou simplement celui que les autres enfants considèrent comme habituel.
Plutôt que de deviner, le parent peut demander : « Qu’est-ce que tu veux dire par vrai parent ? » ou « Est-ce que quelqu’un t’a posé cette question ? » Cette étape permet de savoir si l’enfant cherche une information, rapporte une remarque ou exprime une gêne.
Il est possible d’affirmer clairement la réalité familiale : « Nous sommes toutes les deux tes mamans » ou « Nous sommes tous les deux tes papas. » Cette réponse ne demande pas de critiquer les autres modèles. Certaines familles comptent une mère et un père, deux mères, deux pères, un seul parent, des parents séparés ou d’autres adultes qui prennent soin de l’enfant.
Si l’enfant souhaite avoir un père ou une mère, son souhait peut être entendu sans être interprété comme un rejet : « Tu aimerais savoir ce que cela ferait d’avoir un papa. Tu peux m’en parler. » Accueillir cette pensée ne retire rien à la place de ses parents.
Comment la compréhension familiale évolue-t-elle ?
Entre 3 et 6 ans, beaucoup d’enfants raisonnent à partir d’éléments concrets : qui habite avec eux, qui vient les chercher, qui les console ou comment les familles représentées dans les histoires sont composées. Ils remarquent les différences et tentent de créer des catégories simples.
Leur vocabulaire n’est pas toujours assez précis pour distinguer la parentalité, la grossesse, la conception, le don, l’adoption ou les liens juridiques. La question du « vrai » parent peut donc réunir plusieurs interrogations en une seule phrase.
Les repères professionnels invitent à distinguer deux plans. D’un côté, il y a la composition de la famille et la place de chaque parent. De l’autre, il y a l’histoire particulière de la naissance ou de l’arrivée de l’enfant dans cette famille. Cette seconde histoire varie : il n’existe pas de réponse universelle valable pour toutes les familles homoparentales.
Les enfants reviennent parfois plusieurs fois sur le même sujet. Cela ne veut pas dire que la première explication était mauvaise. Une nouvelle comparaison ou une meilleure compréhension peut faire apparaître une question différente.
Comment répondre concrètement ?
Commencer par accueillir la question
Prendre quelques secondes avant de répondre peut aider, surtout si la formulation touche une zone sensible. On peut dire : « C’est une question importante. Qu’est-ce qui t’y a fait penser ? » Le but n’est pas d’interroger longuement l’enfant, mais de comprendre le contexte.
Affirmer la place de chaque parent
Une formulation directe évite de laisser entendre qu’un parent serait moins légitime : « Tu as deux mamans, et nous sommes toutes les deux tes mamans, à part entière. » Il est également possible de remplacer le mot « vrai » : « Dans notre famille, nous sommes toutes les deux tes parents. »
Répondre seulement à ce qui est demandé
Si l’enfant parle de sa naissance, une explication brève est souvent plus accessible qu’un long récit. Elle doit correspondre aux faits connus et aux mots choisis par la famille. Par exemple : « Pour qu’un bébé commence à grandir, il faut plusieurs éléments. Dans ton histoire, nous avons reçu l’aide d’un donneur. » Une famille concernée par l’adoption, une gestation pour autrui ou une autre histoire utilisera naturellement d’autres mots.
Le parent peut ensuite vérifier : « Est-ce que cela répond à ta question ? » Si l’enfant repart jouer, il n’est pas nécessaire de poursuivre. La conversation pourra reprendre plus tard.
Préparer une réponse pour l’extérieur
Un enfant peut apprécier une phrase facile à utiliser face aux autres : « J’ai deux papas, ce sont mes parents » ou « Les familles ne sont pas toutes pareilles. » Il peut aussi choisir de ne pas raconter son histoire personnelle. Les détails concernant sa conception ou son arrivée dans la famille lui appartiennent également.
Phrases utiles
- « Qu’as-tu entendu ou vu qui t’a fait penser à cela ? »
- « Nous sommes toutes les deux tes mamans, à part entière. »
- « Nous sommes tous les deux tes papas, à part entière. »
- « Ta naissance est une autre question. Je peux te raconter ce que nous savons de ton histoire. »
- « Tu as le droit d’être curieux, surpris ou gêné. Tu peux toujours venir nous en parler. »
- « Les familles peuvent être composées de différentes façons. »
Les erreurs à éviter
- Minimiser la question : répondre uniquement « ce n’est pas important » peut laisser l’enfant seul avec son interrogation.
- Faire honte à l’enfant : il peut reprendre des mots entendus sans comprendre leur portée.
- Inventer une histoire : mieux vaut dire « je vais réfléchir à la façon de te l’expliquer » que fournir une réponse inexacte.
- Donner trop d’informations d’un coup : une réponse précise à la question présente est généralement plus utile qu’un exposé complet.
- Dénigrer d’autres familles : affirmer sa propre famille ne nécessite pas de présenter un autre modèle comme inférieur.
- Imposer le silence : l’enfant peut parler de sa famille tout en apprenant qu’il n’est pas obligé de partager les détails intimes de son histoire.
Quand s’inquiéter ?
Une question isolée n’est généralement pas préoccupante. Une attention particulière est utile si l’enfant paraît durablement honteux de sa famille, se dévalorise, refuse d’aller à l’école ou rapporte des moqueries répétées. Il est alors possible d’échanger avec l’équipe éducative afin de comprendre la situation et de rappeler un cadre respectueux. Si son malaise persiste ou pèse fortement sur son quotidien, un professionnel habitué à accompagner les jeunes enfants et les familles peut offrir un espace de parole, sans conclure d’emblée à un trouble.
Sources et repères professionnels
- Human Rights Campaign Foundation — Welcoming Schools — Yes, They Are a Family! Repères pour répondre aux questions sur les familles avec deux mères ou deux pères et sur le « vrai » parent.
- Human Rights Campaign Foundation — Welcoming Schools — What Does Gay Mean? Formulations simples et factuelles adaptées aux questions des jeunes enfants.
- Stonewall UK — LGBTQ-inclusive education: everything you need to know. Cadre pour présenter différentes structures familiales aux enfants.
