« C’est qui qui vient me chercher ? » Le matin, dans la voiture, devant la classe, puis encore au moment de dire au revoir… Certains enfants reposent souvent cette question, surtout quand les horaires changent ou que plusieurs adultes peuvent venir les reprendre.
Ce n’est pas forcément le signe d’une grande anxiété. Très souvent, l’enfant cherche surtout un repère stable : savoir qui sera là, à quel moment de la journée, et si l’adulte a bien prévu de revenir. La répétition peut être sa manière de vérifier et de se rassurer.
À retenir
- Redemander qui vient le chercher peut être un besoin de repère, pas un problème en soi.
- Une réponse courte, toujours formulée de la même manière, aide l’enfant à se sécuriser.
- Quand l’organisation change, mieux vaut prévenir simplement plutôt que rester vague.
- Un repère visuel du jour peut aider l’enfant à mieux se situer.
- Si l’inquiétude s’intensifie ou gêne beaucoup le quotidien, un avis professionnel peut aider.
Pourquoi votre enfant repose-t-il la question ?
Pour un jeune enfant, la journée est longue et les repères de temps restent en construction. « Après la sieste », « après le goûter » ou « ce soir » peuvent être plus faciles à comprendre que l’heure exacte. Quand plusieurs personnes peuvent venir le chercher — parent, grand-parent, autre adulte de confiance — l’enfant peut avoir besoin de réentendre l’information.
La question peut augmenter dans certaines périodes : fatigue, rentrée, changement de crèche ou d’école, séparation récente, nouvel emploi du temps, alternance entre deux maisons, ou adulte habituel moins disponible. Dans ces moments, l’enfant ne cherche pas à compliquer le départ : il essaie de rendre la situation plus prévisible.
Il peut aussi reposer la question même s’il a entendu la réponse. Cela ne veut pas dire qu’il n’a rien compris. Réentendre les mêmes mots peut l’aider à se représenter la suite et à tenir la séparation.
Ce que cela dit du développement de l’enfant
Durant la petite enfance, la sécurité affective passe beaucoup par la répétition, les routines et les adultes connus. L’enfant apprend progressivement à anticiper : qui m’accompagne, où je vais, qui revient, dans quel ordre se déroule la journée.
Les repères professionnels indiquent que les routines et les transitions prévisibles soutiennent les jeunes enfants. Cela ne signifie pas qu’il faut une journée parfaitement identique tous les jours. La vie familiale comporte des imprévus. Mais plus l’information importante est claire, plus l’enfant peut s’y accrocher.
Quand les parents sont séparés ou que l’enfant circule entre plusieurs lieux, la question peut aussi porter sur l’organisation : « Qui vient ? Où est-ce que je dors ? Est-ce que papa ou maman sait ? » Dans ce cas, la réponse gagne à être simple, sans entrer dans les tensions d’adultes.
Comment le rassurer concrètement ?
L’objectif n’est pas d’empêcher l’enfant de poser la question, mais de lui donner une réponse stable sur laquelle il peut s’appuyer.
- Dire l’information le matin. « Aujourd’hui, c’est mamie qui vient te chercher après le goûter. »
- Utiliser un repère de journée. Par exemple : « Tu joues, tu manges, tu dors, tu goûtes, et ensuite papa arrive. »
- Répéter la même phrase. Si l’enfant redemande, évitez de tout réexpliquer longuement : reprenez les mêmes mots.
- Prévenir les changements. « Finalement, ce sera tonton. Je te le dis maintenant pour que tu le saches. »
- Montrer un support visuel simple. Une petite carte avec la photo de la personne, un pictogramme, ou un calendrier de la semaine peut suffire.
Le support n’a pas besoin d’être parfait. Une feuille sur le frigo, une photo imprimée ou un dessin rapide peuvent déjà aider. L’important est que l’enfant puisse vérifier l’information sans devoir la redemander sans cesse.
Phrases utiles à dire à votre enfant
- « Aujourd’hui, c’est maman qui vient te chercher après le goûter. »
- « Tu peux me le redemander, je te répondrai pareil : c’est papa qui vient. »
- « Je vois que tu veux être sûr. Je te le redis : après la sieste et le goûter, mamie arrive. »
- « Le programme a changé : ce sera papi. Les adultes sont au courant, tu peux être tranquille. »
- « Tu n’as pas besoin de t’occuper de l’organisation. Les grands s’en occupent. »
Si l’enfant semble inquiet, vous pouvez nommer doucement ce que vous observez : « Tu as besoin de savoir qui vient, ça te rassure. » Cela valide son besoin sans dramatiser.
Les erreurs à éviter, sans se mettre la pression
Aucun parent ne répond parfaitement à chaque question, surtout le matin quand tout le monde est pressé. Quelques réflexes peuvent toutefois rendre la situation plus difficile pour l’enfant.
- Répondre vaguement. « On verra » ou « quelqu’un viendra » peut augmenter l’incertitude si l’enfant a déjà besoin de repères.
- Se moquer de la répétition. « Mais tu l’as déjà demandé dix fois ! » risque de renforcer son malaise.
- Changer l’information sans prévenir. Quand c’est possible, annoncer le changement aide l’enfant à rester en confiance.
- Donner trop de détails d’adultes. Les problèmes d’horaires, de tensions ou d’organisation peuvent être résumés simplement.
- Promettre si l’on n’est pas sûr. Mieux vaut dire : « Je ne sais pas encore, je te dirai dès que c’est décidé. »
Quand s’inquiéter ?
La répétition de la question est souvent passagère. Il peut être utile d’en parler à un professionnel de santé, de crèche ou d’école si l’inquiétude dure, s’intensifie, apparaît dans plusieurs contextes, empêche l’enfant de participer à sa journée, s’accompagne de troubles importants du sommeil ou de l’alimentation, d’une perte de compétences, ou si vous vous sentez fortement préoccupé. L’idée n’est pas de poser un diagnostic, mais d’observer avec méthode et d’être accompagné si besoin.
À écouter aussi avec votre enfant
- Les 7 jours de la semaine — Pour aider l’enfant à mémoriser les jours et à mieux se repérer dans la semaine.
Sources et repères professionnels
- ONE — Grandir avec des limites et des repères : repères parentaux sur l’importance des routines, limites et cadres stables.
- Zero to Three — Creating Routines for Love and Learning : conseils pratiques sur les routines et transitions chez les jeunes enfants.
- Ministère de la Justice du Canada — Parenting Plan Checklist: Information to help you get started : repères d’organisation pour les horaires, reprises, dépôts et changements prévus.
- Agence de la santé publique du Canada — Because life goes on … helping children and youth live with separation and divorce : repères sur les transitions et questions d’enfants lors de changements familiaux.
- CDC — Concerned About Your Child’s Development? : repère non diagnostique pour observer une inquiétude persistante et en parler à un professionnel.
